A Nairobi, capitale kényane, se tiendra les 21 et 22 octobre 2026, la 5e édition d’Africa Facts Summit. Organisé par Africa Check, ce grand rendez-vous rassemble des vérificateurs de faits, des journalistes, des chercheurs et des acteurs de la société civile pour défendre l'intégrité de l'information. Dans une interview exclusive accordée à Badona, Valdez Onanina, Rédacteur en chef du bureau francophone d'Africa Check au Sénégal aborde le contexte, les enjeux, le programme et les thématiques de cet évènement majeur du continent africain. 

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Valdez Onanina,  Valdez Onanina, Rédacteur en chef du bureau francophone d'Africa Check au Sénégal

Le plus grand sommet des fact-checkers africains se tiendra à Nairobi, ville qui avait accueilli la première édition en 2022. Et ce, les 21 et 22 octobre 2026. Selon l’annonce faite le 5 juin 2026 par Africa check, structure organisatrice, la 5e édition se tiendra dans un contexte décisif. Mieux, à un moment où « l’adoption rapide des outils d’intelligence artificielle, la sophistication croissante des réseaux coordonnés de désinformation, la recrudescence de la fraude et des escroqueries numériques, ainsi que l’intensification des campagnes d’influence géopolitique, sont en train de remodeler en profondeur les espaces d’information en ligne ». 

L’Afrique, fait remarquer Africa Check, « n’est pas épargnée par ces forces ». Sur le continent, poursuit-elle, ces forces « continuent de se mêler aux élections, aux conflits, à la communication en matière de santé publique et à la perte de confiance du public envers les institutions et les médias, avec des conséquences concrètes pour les communautés, les démocraties et la vie des gens ».

Espace incontournable de réflexion, de collaboration et de recherche de solutions concrètes, l'Africa Facts Summit s’impose comme un rendez-vous continental majeur des vérificateurs des faits africains. Entre autres thématiques à aborder : l'intelligence artificielle, les réseaux de désinformation coordonnée, la responsabilité des plateformes, et la résilience démocratique à l'approche d'échéances électorales sensibles, notamment les législatives kényanes de 2027.

 

La nouveauté de cette édition, le réseau Africa Facts Network, désormais fort de 58 organisations dans plus de 30 pays, se dote d'un nouvel Advisory Committee pour une gouvernance plus démocratique. La dynamique francophone, amorcée à Accra en 2024 et à Dakar en 2025 avec la participation du Bénin via Badona, continue de s'affirmer face à l'urgence de la désinformation dans la région ouest-africaine.

Valdez Onanina, Rédacteur en chef du bureau francophone d'Africa Check au Sénégal répond aux questions de Badona sur cet évènement : 

1. L'événement était prévu à Johannesburg et se tiendra finalement à Nairobi, ville qui avait accueilli la toute première édition en 2022. Pourquoi ce changement et que représente ce retour pour vous et pour le réseau Africa Facts ?

Cette décision a été prise afin de garantir la participation la plus large possible à l’échelle du continent, objectif premier de ce rendez-vous continental.

2. Le programme 2026 met l'accent sur l'intelligence artificielle. Quels sont les enjeux IA les plus pressants pour les fact-checkers africains aujourd'hui ?

Tout ce qui a trait à l’IA est en enjeu pour les fact-checkers aujourd’hui, aussi bien sur le plan technique (donc l’usage que l’on en fait), que sur le plan éthique. La question de la gouvernance de l’IA nous concerne également. C’est toutes ces réflexions qui seront mises en avant au cours de ce sommet dans la capitale kényane.

3. Réseaux de désinformation coordonnés et responsabilité des plateformes figurent au programme : quel état des lieux dressez-vous à l'échelle du continent ?

Justement, l'idée d’inscrire ce sujet au programme de ce sommet permettra d’en faire un état des lieux et d’entendre les perspectives des uns et des autres sur la question. L’Afrique est un terrain de guerre informationnelle ou des acteurs externes transposent leurs conflits. En outre, il ne faut pas exclure que des acteurs domestiques s’emploient également à des activités de désinformation coordonnée. Il sera donc intéressant d’interroger le rôle des plateformes  afin d'établir une base probante sur laquelle nous pourrons les interpeller à l'avenir. L’Afrique doit davantage engager des discussions sérieuses avec les plateformes sur ces questions comme cela se fait ailleurs. 

4. Il sera également question d'élections et résilience démocratique. Quels scrutins africains de 2026-2027 seront au cœur des discussions ?

Il ne s’agit pas de mettre l’accent sur une élection précise, même s’il est un peu difficile de ne pas avoir en ligne de mire les élections générales de 2027 au Kenya qui accueillera cet événement. L'idée centrale est surtout de discuter sur les voies et moyens par lesquels nous pouvons bâtir des environnements résilients en périodes électorales, lesquelles sont traditionnellement des périodes de pic de désinformation et donc sensibles sur le continent.

5. Dans un contexte de retrait de financements (Google, Meta), quelles pistes concrètes le sommet propose-t-il pour la pérennité du secteur ?

Les discussions nous en diront plus. Je n’ai pas la prétention d’avoir une formule ou une réponse toute faite à ce défi. L'idée d’avoir les acteurs africains de l'intégrité de l’information en conclave annuel, c’est justement pour débattre et conjuguer nos intelligences face aux défis qui se dressent devant nous.

6. Le réseau Africa Facts Network compte désormais 58 organisations dans plus de 30 pays. Comment expliquez-vous cette croissance ?

Africa Check se réjouit particulièrement de cette croissance qui témoigne de l'intérêt grandissant pour la lutte contre la désinformation et pour l'intégrité de l’information en Afrique. C’est le signe que ces questions sont désormais fondamentales et urgentes et qu’elles doivent être prises en compte avec sérieux.

7. Cette édition marque la création de l'Africa Facts Network Advisory Committee. Quel sera son rôle concret ?

Le comité servira à assurer une gestion democratique du réseau, afin de nous assurer que tous les acteurs sont entendus et se retrouvent dans la direction donnée au réseau. 

8. Quelles autres innovations pour l’édition 2026 du plus grand sommet des fact-checkers africains ? 

Je pense surtout que nous sommes dans la continuité de la précédente édition à Dakar, au Sénégal. Le plus important sera de réunir le plus grand nombre d’acteurs au Kenya, et c’est la raison pour laquelle le sommet y a été délocalisé, du fait de meilleure accessibilité.   

9. L'édition 2025 à Dakar était une première pour un pays francophone, et le Bénin y était représenté par Badona. Quel bilan tirez-vous de la dynamique francophone au sein du réseau ?

Quand on repart à la première édition du sommet, on constate clairement une représentativité croissante des organisations d’Afrique francophone. Mais croissance peut aussi être lue sous un autre angle, celui qui révèle le problème le plus en plus pressant qu’est la désinformation dans nos pays et la nécessité d’avoir des organisations ou des rédactions spécialisées en réponse au phénomène. C’est une satisfaction réelle pour Africa Check qui ne voulait surtout pas laisser en marge ces organisations. Badona et d’autres organisations d’Afrique francophone jouent un rôle primordial dans la lutte contre la désinformation sur le continent et dans la construction d’un cadre propice à un débat public basé sur les faits.

10. Quels sont, selon vous, les défis de désinformation propres à l'Afrique de l'Ouest francophone comparés au reste du continent ?

Ils sont nombreux et nous faudrait une interview pour les évoquer dans le détail. Mais je ne devais en citer qu’un, ce serait l'accès à l’information publique. Je pense qu’en l’absence de cadres légaux qui régissent l'accessibilité des données publiques, on favorise des contextes favorables à la désinformation. 

11. Quel message adresseriez-vous aux jeunes journalistes et fact-checkers francophones qui envisagent de participer au sommet pour la première fois ?

C’est une expérience qu’ils n’oublieront pas, s’ils ont la chance d’y participer. L’Africa Facts Summit est un des rdv majeurs du journalisme sur notre continent.

 

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